Une offre de formation pour mieux contrôler les risques sanitaires

Titulaire d’un doctorat en médecine de l’Université de Kinshasa (RDC), le Dr Yassa Daniel Ndjakani est également diplômé de Morehouse School of Medicine d’Atlanta aux États Unis où il est détenteur d’un Master en épidémiologie et santé internationale et d’un Master en science recherche clinique. Le Dr Ndjakani a un parcours varié de plus de vingt ans en santé publique et gestion de la lutte contre les maladies. À cet égard,  il fournit un soutien technique et un leadership pour la planification, la mise en œuvre, la surveillance et l’évaluation, y compris la collecte et l’analyse de données, pour des programmes en épidémiologie.

Le Dr Ndjakani a rejoint la COI en mars 2020 comme expert international en épidémiologie et coordonnateur FETP.

Pourquoi ce programme de formation en épidémiologie de terrain ?

L’expérience du réseau SEGA – One Health a montré que la formation FETP (Field Epidemiology Training Program) est un déterminant important du renforcement des systèmes de surveillance et de riposte au niveau national et régional. En effet, le FETP donne les compétences nécessaires en épidémiologie d’intervention. Il favorise aussi le renforcement du réseau de professionnels qui parlent le même langage et partagent les mêmes expériences.

Quel est le but de la formation ?

coronavirus comores madagascarCette formation permet de construire une réponse globale en santé. Concrètement, elle renforce les capacités de réponse aux urgences en termes de santé publique. Elle permet également de former des leaders de santé publique à différents niveaux du système de santé. Dans le même temps, elle renforce la participation des laboratoires à la surveillance épidémiologique. C’est un élément important d’un réseau aussi puisque cette formation, partagée par plusieurs praticiens de la région, améliore la communication entre les acteurs de santé publique, facilite la mise en œuvre des activités de recherche opérationnelle en santé publique. Et puis, nous n’évoluons pas en vase clos puisque nous favorisons aussi la collaboration avec d’autres structures de formation en épidémiologie.

Qui sont les bénéficiaires ?

Ce sont les professionnels de la santé humaine et animale. L’encadrement, quant à lui, sera assuré par le personnel des institutions en charge de la formation dans les États membres ainsi que les experts de l’UVS-COI.

L’UVS-COI travaille aussi avec des partenaires de la région…

Les partenaires principaux de notre programme restent les institutions de formation des États membres. Nous bénéficions de partenariats régionaux, notamment avec le CIRAD et l’Institut Pasteur de Madagascar. Puis, il y a aussi des partenaires continentaux et internationaux dont l’AFENET (African Field Epidemiology Network) et TEPHINET. Des personnes ressources des bureaux de l’OMS interviendront également. Bien sûr, nous travaillons de concert avec les administrations de santé des États membres. Et aussi, il convient de mentionner l’AFD. C’est avec le soutien de l’AFD et grâce à la qualité du partenariat avec la COI que des formations courtes sont conduites depuis plusieurs années. Aujourd’hui, nous allons plus loin avec des formations plus poussées et l’implication de plus d’institutions.

Il existe deux types de formation : le FETP Frontline et le FETP Master. Quelles sont les différences ?

formation fetpPour faire court, il y a une formation de courte durée, le FETP Frontline, et une formation de longue durée qui est diplômante, le FETP Master.  Le FETP Frontline s’étale sur 13 semaines. Il constitue un module pour le master en épidémiologie de terrain. La valeur-ajoutée de cette formation courte, c’est de former rapidement des ressources humaines déployées sur le terrain. De fait, ces personnels qualifiés renforcent directement les services de santé nationaux avec, en plus, une approche « One Health ».

Le FETP Master va plus loin : on est là sur une formation poussée, diplômante. Elle s’organise avec une part d’enseignement théorique dans les universités et surtout une large part de terrain. C’est important pour les professionnels formés d’être sur le terrain, de se confronter à la pratique tout au long de la formation.

Où en est-on dans la mise en place de ces FETP ?

Les formations devraient débuter d’ici août 2021. Pour l’heure, nous sommes encore dans la phase préparatoire. En fait, il nous faut finaliser le contenu du programme du cursus « Master » en y intégrant la formation FETP Frontline comme un module de ce cursus et en y ajoutant le module de la santé environnementale. C’est ce qui donnera cette approche One Health. En effet, santé humaine, animale et environnementale sont liées. Ensuite, il faudra que le comité pédagogique approuve le guide de formation. Enfin, il restera la signature des conventions-cadres avec les universités des États membres et la COI.

Quelle est donc la valeur ajoutée du FETP ?

L’émergence ou la ré-émergence des maladies infectieuses que l’on croyait contrôlées et l’apparition de crises sanitaires ont mis en évidence la nécessité de disposer d’instruments de surveillance, d’analyse et d’investigation des signaux sanitaires, pour une prise de décision et une intervention adaptée.

Cela passe aussi par des ressources humaines qualifiées et des offres de formation pour être en phase avec les besoins. Dans l’océan Indien, la COI, les administrations nationales et les partenaires co-construisent une capacité de réponse commune régionale. Cette expertise doit s’appuyer non seulement sur des expertises cliniques, biologiques et toxicologiques mais aussi sur une expertise en épidémiologie d’intervention rapidement mobilisable pour des évaluations et des investigations de terrain. Le FETP renforce le capital humain pour contrôler les épidémies dans l’Indianocéanie.

À propos du  FETP

La COI, dans le cadre du réseau SEGA One Health soutenu par l’AFD, a renforcé depuis 2011 la préparation régionale en matière de santé publique. Notamment, à travers la mise en place d’un programme de formation en épidémiologie de terrain (FETP). Le programme de formation en ‘Field epidemiology training program’ (FETP), lancé en 2011, a permis de former 21 épidémiologistes de terrain et d’intervention dont 16 médecins, 1 biologiste, 3 infirmiers et 1 vétérinaire.

Pour le projet RSIE3, toujours financé par l’AFD, l’Unité de veille sanitaire de la COI a proposé d’également mettre en place la composante du FETP Frontline. En effet, pour contrôler, investiguer et assurer la prévention des maladies, les personnels techniques de la santé humaine et de la santé animale doivent avoir les compétences de base en épidémiologie. Des formations sont donc nécessaires à chaque niveau de la structure sanitaire. Cela afin de renforcer les compétences dans la surveillance, la réponse aux épidémies et l’utilisation des données pour prendre des décisions et intervenir.

Le FETP Frontline est une formation de courte durée (13 semaines). Elle constitue aussi un module pour le master en épidémiologie de terrain. 105 professionnels de santé des États membres suivront cette formation.

Le FETP Frontline vise à :

  • Permettre aux États membres de disposer de ressources humaines qualifiées et en nombre suffisant. Elles doivent être capable de remplir les différentes tâches en lien avec la surveillance épidémiologique et la riposte aux épidémies. Cela afin de développer la culture de prise de décision basée sur les informations factuelles et complètes.
  • Développer le concept « One Health » pour plus d’efficacité dans l’action.

Le FETP Master est une formation diplômante. Les enseignements théoriques occuperont un volume horaire réduit (environ 25% du programme). Cette formation se veut pratique et en phase avec les expériences et les besoins du terrain (75% du programme).

L’objectif est de :

  • Renforcer les capacités de réponse aux urgences en termes de santé publique,
  • Former des leaders de santé publique orientés surtout aux différents niveaux du système de santé,
  • Renforcer la participation des laboratoires à la surveillance épidémiologique,
  • Améliorer la communication et le réseautage des praticiens de santé publique,
  • Faciliter la mise en œuvre des activités de recherche opérationnelle en santé publique et enfin
  • Renforcer la collaboration avec d’autres structures de formation en épidémiologie.