SEM Richard Randriamandrato a été nommé ministre des Affaires étrangères de la République de Madagascar en mars 2022. De facto, il est le nouveau président en exercice du Conseil des ministres de la COI. En effet, Madagascar a pris la présidence de l’organisation à l’issue du 36e Conseil des ministres de la COI le 23 février dernier à Paris.
Quelques semaines seulement après sa nomination, le nouveau chef de la diplomatie malgache est venu au Secrétariat général pour une première réunion de travail. A cette occasion, il a rappelé les priorités de la présidence malgache de la COI et indiqué son soutien à l’action portée par le Secrétariat général.
SEM Richard Randriamandrato est un connaisseur des enjeux d’intégration régionale et des politiques de développement. En effet, ce spécialiste de la politique et de la finance internationales a officié pendant plus de 25 ans dans la gestion de programmes de développement auprès d’organisations internationales (PNUD, OIT, Banque mondiale, CNUCED). Il a également été directeur de la planification stratégique et de la recherche du COMESA de 2001 à 2009 après avoir assuré la direction du cabinet du ministère des Affaires étrangères. SEM Richard Randriamandrato a également été ministre de l’Economie et des Finances de la Grande Ile.
Le département de la communication de la COI propose ici, en partenariat avec le Journal des Archipels, une interview du chef de la diplomatie malgache.   

“La COI, c’est la voix des îles de l’espace africain”

SEM Richard RANDRIAMANDRATO, ministre des Affaires étrangères de Madagascar et président en exercice de la COI

Madagascar a pris le flambeau de la présidence du Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien (COI) à la suite de la France. Quelles sont vos priorités ?

Les priorités de la présidence malagasy de la COI s’inscrivent dans un environnement en évolution et qui fait face à de nombreux défis.

Je suis dans la continuité de ce qui a été présenté au Conseil des ministres par mes prédécesseurs. Ces priorités sont en phase avec la politique globale du gouvernement malagasy.

La première concerne la lutte contre la criminalité transnationale organisée. Nous devons regarder les choses en face : des réseaux criminels, de prédation et de déstabilisation sont présents dans la région.

A ce titre, l’architecture régionale de sécurité maritime, mise en place dans le cadre du programme MASE financé par l’Union européenne, requiert pour la présidence malagasy de la COI une attention particulière. Il nous faut viser sa pleine opérationnalisation. Je souligne ici la contribution significative de Madagascar qui abrite le Centre régional de fusion de l’information maritime, l’un des deux Centres régionaux.

Le renforcement de cette architecture devra passer par la mise en place d’un cadre et d’instruments juridiques adéquats et solides pour la prévention et la répression des crimes.

Le deuxième axe prioritaire concerne la sécurité alimentaire, c’est bien cela ?

Tout à fait. Cette priorité est un écho à celle de notre présidence précédente (2014 – 2016, ndlr) qui avait vu la mise en place du Programme régional de sécurité alimentaire et nutritionnelle accompagné par la FAO et le FIDA. Nous pouvons nous satisfaire de la création de cadres de référence, dont la plateforme d’information sur les opportunités d’affaires et de la conduite d’études, notamment sur l’harmonisation des normes phytosanitaires ou les systèmes de certification. Mais il faut aller plus loin et plus vite. […]

Nous souhaitons mieux impliquer le secteur public et les opérateurs économiques de nos îles pour atteindre l’autonomie alimentaire de la région. […] Cette action de sécurité alimentaire peut être un catalyseur de l’accroissement des échanges commerciaux entre nos Etats membres. En parallèle, nous devrons améliorer la connectivité ; c’est essentiel. Tout cela peut participer concrètement à la relance économique régionale.

Votre parcours fait de vous un professionnel des enjeux de l’intégration régionale. Quelle est, selon vous, la valeur-ajoutée de la COI comparativement aux autres blocs régionaux auxquels adhèrent nos Etats membres (COMESA, SADC, IORA) ?

La particularité de la COI tient à la géographie, à l’histoire et au politique. Elle est la seule organisation insulaire d’Afrique. […] C’est la voix d’îles de l’espace africain qui ont des besoins spécifiques et qui font face souvent plus durement aux chocs extérieurs et aux crises ; surtout la crise climatique.

[…] Son action est complémentaire de l’intégration économique régionale portée au niveau du COMESA ou de la SADC.

Lire l’intégralité de l’entretien sur Le Journal des Archipels

Quelles seraient vos attentes particulières vis-à-vis de la COI ?

Notre souhait est qu’elle demeure une organisation de proximité ayant vocation à mobiliser les acteurs nationaux et les partenaires autour des thématiques qui nous sont propres.

Lesquelles ?

La protection de la biodiversité terrestre et marine ; c’est un défi important. Notre région est un point chaud de la biodiversité mondiale. Il faut la protéger et mieux la gérer ! […] Elle participe à la croissance !

Je pense aussi à l’économie bleue qui est pleine de promesses pour nos îles ou encore à la connectivité qui est un chantier structurant […].

Et bien sûr, je ne peux pas oublier la santé. La pandémie a montré son importance vitale pour le développement socioéconomique. Je tiens à dire que nous pouvons être fiers de l’action de la COI en santé qui fait montre d’une expertise reconnue au niveau continental à travers son réseau SEGA – One Health. […]