La relève de la recherche est en marche ! Grâce au projet ExPLOI de la Commission de l’océan Indien (COI), une nouvelle génération de scientifiques malgaches se mobilise pour mieux comprendre l’impact des déchets plastiques sur les écosystèmes marins de l’océan Indien… et leurs conséquences pour notre santé. À l’Institut Halieutique et des Sciences Marines (IH.SM), au Centre National de Recherches Océanographiques (CNRO), et à l’Université d’Antsiranana, doctorants, ingénieurs et étudiants en master multiplient les avancées scientifiques. Petit tour d’horizon.

Que deviennent les déchets plastiques – et les bactéries qui les colonisent – lorsqu’ils s’échouent sur nos plages ? Pour répondre à cette question, les jeunes chercheurs impliqués soutenus par le projet ExPLOI ont installé, sous la supervision du chercheur Thierry Bouvier de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), un site d’expérimentation grandeur nature à Ifaty, au nord de Toliara.

Simuler l’échouage des plastiques pour mieux le comprendre

Le protocole, conçu par Thierry Bouvier, reproduit un échouage réel, étape par étape. Les déchets plastiques sont d’abord immergés en laboratoire dans un mélange d’eau de mer pendant quinze jours. Objectif :   laisser le temps aux micro-organismes marins de s’y installer. Ils sont ensuite déposés sur la plage. Une moitié est exposée au soleil, l’autre à l’ombre. Cela permet de mesurer le rôle du rayonnement UV dans la « désinfection » naturelle des déchets. Choisir des plastiques issus d’un milieu contrôlé n’a rien d’anodin. Cela permet de connaître précisément la nature du déchet, son temps de séjour dans l’eau et l’historique de sa colonisation.

Deux fois par jour, dans un laboratoire de campagne installé à proximité, les chercheurs analysent les bactéries présentes à la surface des plastiques. Ils évaluent ensuite leur dangerosité potentielle pour l’homme : virulence, résistance aux antibiotiques… Le site, situé sur un domaine privé, a été choisi précisément pour garantir l’absence de toute perturbation extérieure et la fiabilité des mesures.

Un doctorant traque les bactéries voyageuses… à bord des plastiques

En deuxième année de thèse à l’IH.SM, Rakotovao Raherimino vient d’achever une vaste campagne de prélèvements de bactéries colonisant les plastiques marins, à travers tout le Sud-Ouest de l’océan Indien, jusqu’aux îles les plus isolées. Son sujet: « Effet de l’échouage des plastiques sur les communautés microbiennes associées à leur surface ». L’objectif ?Comprendre si ces plastiques transportent des bactéries potentiellement dangereuses pour l’homme, et étudier le devenir de ces micro-organismes lorsque les déchets s’échouent sur les côtes.

Ces bactéries sont-elles encore infectieuses et résistantes ? Une ingénieure mène l’enquête

À l’IH.SM, l’assistante ingénieure en microbiologie Liah Andrianantenaina détermine sans relâche si les bactéries transportées par les plastiques marins conservent leur pouvoir infectieux et leur résistance vis-à-vis des antibiotiques, et constituent un risque réel pour les populations côtières.

Plastiques et récifs sous la loupe d’une future doctorante

Après neuf mois de formation intensive en écologie microbienne à l’IH.SM, Sandra Ratsimaharilala est désormais pleinement autonome. Prochaine étape : le lancement de son doctorat, prévu en septembre 2026. Celui-ci sera consacré à l’impact des macroplastiques sur les récifs coralliens – des écosystèmes parmi les plus riches… mais aussi les plus fragiles de la planète.

Cinq nouveaux jeunes talents en route vers la recherche de demain

Le projet ExPLOI, cofinancé par l’AFD et le FFEM, soutient également la formation par la recherche en accompagnant des étudiants de Master 1 et 2 dans tout le pays, grâce à des gratifications de stage et à un financement dédié à leurs travaux. Ils sont cinq portant chacun un projet pour faire avancer la science sur la pollution plastique marine dans leur pays.

  • Fatima Monohizara (Université d’Antsiranana) finalise son rapport sur la contamination en microplastiques et macroplastiques des zones de pêche de la baie de Diego Suarez.
  • Yraniah Daniel (CNRO) termine ses analyses sur la présence de microplastiques dans les poissons issus de la petite pêche à Nosy Be.
  • Carmen Rakotoson (IH.SM) rédige actuellement son mémoire de Master 2 consacré aux microchampignons potentiellement pathogènes présents sur les plastiques marins.
  • Fluorida Razafimanirisoa (IH.SM) poursuit ses recherches sur le rôle des microplastiques comme refuge pour des agents pathogènes chez l’oursin comestible Tripneustes gratilla.
  • Norel Rabenantenaina (IH.SM) a achevé l’inventaire et la cartographie des déchets plastiques dans les zones d’aquaculture artisanale de la baie de Ranobe, et poursuivra son parcours en Master 2 à l’IH.SM.

Un laboratoire remis à neuf, moteur de cette dynamique

Cette effervescence scientifique n’aurait pas été possible sans un outil de travail à la hauteur. Partenaire de recherche du projetExPLOI, l’IH.SM de Toliara a vu son laboratoire entièrement rénové par l’IRD, sur financement du projet .La toiture endommagée par un cyclone a été entièrement refaite pour protéger le matériel. Le laboratoire a également été équipé  d’un éclairage adapté aux expérimentations , d’un groupe électrogène, de réfrigérateurs, d’étuves, de microscopes et de scanners à bactéries.

Cette jeune génération de chercheurs et le partenariat IH.SM – IRD – COI font aujourd’hui de Madagascar l’un des moteurs de la recherche sur la pollution plastique dans l’océan Indien.