Ce lundi 8 mars 2021 marque la journée internationale des droits des femmes à travers le monde. Portant sur « Leadership féminin : pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 », cette journée est l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes dans divers domaines, fêter les victoires et les acquis, mobiliser en faveur des droits des femmes et de leur participation à la vie économique, sociale et politique.

Rencontre avec Mohamed Elmi Habon, seule Officier de liaison féminin postée au Centre régional de fusion d’information maritime (CRFIM)

Plein feu aujourd’hui sur Madame Mohamed Elmi Habon, seule Officier de liaison féminin postée au Centre régional de fusion d’information maritime (CRFIM). Elle travaille pour la mise en œuvre de l’Architecture de sécurité maritime pour l’océan Indien occidental. Cette architecture est mise en place par la Commission de l’océan Indien à travers le programme pour la promotion de la sécurité maritime (MASE) financé par l’Union européenne.

Nommée comme représentante de Djibouti au CRFIM en 2019, Elmi Habon est une globe -trotteuse dans l’âme et compte plus de 10 ans d’expérience dans le domaine maritime. Fière de pouvoir contribuer à la montée en puissance de l’Architecture régionale, elle nous partage son aventure régionale en ce jour spécial.

Une petite présentation…

J’ai été nommée comme Officier de liaison international pour représenter Djibouti en 2019. J’ai rejoint l’équipe du CRFIM en 2020 à Madagascar. Je suis née et j’ai passé la plupart de mon enfance et adolescence à Djibouti ville avant de me rendre au Maroc et en Malaisie pour mes études tertiaires. Je suis la 6ème d’une fratrie de 9 enfants et je suis une passionnée de la mer et des voyages depuis ma tendre enfance.

Quel est votre parcours professionnel ?

Après avoir obtenu mon diplôme de Master 2 en « management de projets logistiques », j’ai commencé à travailler au ministère de l’Equipement et du Transport. J’ai ensuite été affectée à la direction des Affaires maritimes où je suis devenue administratrice des Affaires maritimes. J’ai été formée pour encadrer les activités maritimes et travailler avec les différents acteurs du secteur. Au cours de mon parcours, j’ai pu suivre plusieurs formations maritimes. Ces dernières m’ont permis d’acquérir des nouvelles compétences et plus de responsabilités. Au fil du temps, j’ai découvert une passion pour l’environnement marin. Dès lors, j’ai voulu participer d’une manière ou d’une autre à sa protection.

Madame Mohamed Elmi Habon est l’Officier de liaison représentant Djibouti. Elle est postée au Centre régional de fusion d’information maritime (CRFIM), à Madagascar.

Vos débuts dans le domaine maritime ?

Au début de ma carrière à Djibouti, le secteur maritime était méconnu du grand public car il n’y avait pas beaucoup d’institutions de formations maritimes dans mon pays.  Pour beaucoup de gens, ce n’est pas un métier pour les femmes et on ne m’encourageait pas à suivre cette voie. Mais j’ai quand même voulu m’y engager. Ma fascination pour la mer m’a poussée à choisir ce métier.

Je suis fière et heureuse aujourd’hui d’apporter ma pierre à l’édifice et de participer à rendre la mer accessible à tous, en toute sécurité et préservant les ressources naturelles.

Comment vivez-vous l’expérience en tant que seule OLI femme dans le centre, qui plus est un pays étranger ?

J’éprouve une certaine fierté pour mon parcours du combattant. Être la seule femme OLI est un privilège, même si nous avons les mêmes responsabilités. Ce qui compte avant tout c’est de dépasser l’étiquette du genre et être considérée pour ses compétences et sa contribution au centre régional. J’ai du créer mes propres conditions pour évoluer et surtout me faire une place dans un milieu d’hommes. Sortir de sa zone de confort n’est pas une chose facile. Toutefois, c’est un mal nécessaire qui nous endurcit. Accepter l’adversité et la mise à l’épreuve m’ont permis de me surpasser. Aujourd’hui, je suis capable d’encaisser et d’aller au-devant. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être bien entourée et soutenue par mes collègues. Je leur rends d’ailleurs hommage en ce jour spécial. C’est grâce à eux et à l’esprit d’équipe qui prévaut que je me sens pleinement intégrée et épanouie dans mon travail.

Et la pandémie de COVID – 19 dans tout ça ?

La pandémie a remis en question plusieurs facteurs essentiels de notre vie. Je dois avouer que le début de la pandémie n’a pas été de tout repos avec le confinement et le nouveau mode de travail à distance. Sans oublier, qu’avec la restriction au niveau des voyages, nous n’avions pas pu nous rendre au pays pour les vacances. Le sport a été mon échappatoire. Et heureusement que nous sommes une équipe soudée et que nous nous soutenons mutuellement dans ces moments difficiles.

Les femmes sont sous représentées dans le domaine maritime. D’après vous, que faut-il faire pour encourager davantage les femmes à intégrer ce domaine considéré comme masculin ?

Environ 80 % du commerce mondial se fait par voie maritime. Ce qui fait de la navigation un élément clé de la sécurité et du développement économique à l’échelle mondiale. Ce domaine offre de réelles perspectives et d’évolutions professionnelles. Dans le cadre de son programme qui a pour slogan « formation visibilité reconnaissance », l’OMI appuie les femmes pour qu’elles soient reconnus comme parties prenantes dans le secteur maritime. Les femmes ont leur place dans les métiers de la mer mais malheureusement très peu sont engagées. Il est important de rendre le secteur maritime plus attrayant et accessible pour les femmes. Il faut également faire découvrir les métiers de la mer aux lycéennes en espérant créer des vocations et qu’elles osent aller vers ces professions qui souffrent de nombreux stéréotypes.

Quels sont vos messages pour les jeunes filles de demain ?

Je dirais aux femmes d’être ambitieuses. De s’autoriser à embrasser une carrière autour de ces métiers passionnants et porteurs d’avenir. Nous sommes parfois nos propres freins et nous devons dépasser ce cap. La route est certes parsemée d’embûches et réaliser son rêve demande de la volonté et du courage. Rien n’est impossible si on s’en donne les moyens.