Renforcer le partage du renseignement, mieux cibler les risques et rapprocher les capacités douanières et maritimes: la Commission de l’océan Indien (COI) appuie une nouvelle étape de collaborations en faveur de la lutte contre les trafics illicites dans l’océan Indien occidental.
Les 5 et 6 août à Antananarivo, la COI a réuni les administrations douanières de ses États membres, le Centre régional de fusion d’informations maritimes (CRFIM), le Centre régional de coordination des opérations (CRCO), ainsi que plusieurs partenaires internationaux, dont l’Union européenne, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et TRAFFIC.
Cette réunion technique vise à renforcer les synergies entre le Comité des douanes de l’océan Indien et l’Architecture régionale de sécurité maritime (ARSM), mise en place et coordonnée par la COI avec le soutien du programme Safe Seas Africa, financé par l’Union européenne.
Sécuriser les chaînes logistiques et les espaces maritimes
Pour les États insulaires de l’océan Indien, la sécurité maritime est à la fois un enjeu de souveraineté, de sécurité économique et de développement.
À l’échelle mondiale, plus de 80 % du volume des marchandises échangées est transporté par voie maritime. Le transport maritime constitue ainsi l’un des piliers des chaînes d’approvisionnement internationales.
Cette dépendance est particulièrement forte pour les États insulaires, dont les ports assurent l’arrivée d’une grande partie des produits indispensables à la vie économique et sociale : denrées alimentaires, carburants, médicaments, équipements et autres biens essentiels.
La protection des ports, des navires et des routes maritimes est donc indissociable de la sécurisation des chaînes logistiques et des économies insulaires.
Des réseaux criminels qui exploitent les flux maritimes
Dans le même temps, les réseaux criminels transnationaux cherchent à exploiter les mêmes infrastructures et les mêmes flux commerciaux pour développer leurs activités. Conteneurs, navires de commerce, petites embarcations, transbordements et ports secondaires peuvent être utilisés pour acheminer des stupéfiants, des armes, des espèces protégées, des produits contrefaits ou d’autres marchandises illicites.
Les analyses de l’ONUDC montrent notamment que les routes maritimes de l’océan Indien occidental sont utilisées pour le trafic de drogues entre l’Afrique orientale, les îles de la région et d’autres zones de production ou de transit. L’organisation souligne également la capacité des réseaux criminels à adapter leurs itinéraires en fonction des opérations de contrôle et des évolutions du trafic.
Face à cette capacité d’adaptation, aucun État ne peut agir seul.
Croiser le renseignement maritime et l’analyse douanière
La coopération entre les administrations douanières et les acteurs de la sécurité maritime permet précisément de croiser deux sources complémentaires de renseignement.
Les informations recueillies en mer — mouvements de navires, itinéraires, comportements ou activités suspectes — peuvent enrichir l’analyse de risque menée par les douanes. Inversement, les données issues des contrôles douaniers, des inspections de cargaisons et des saisies peuvent contribuer à identifier de nouvelles routes, de nouveaux modes opératoires ou de nouveaux profils de risque.
Cette approche correspond aux principes de la gestion moderne des risques promus par l’Organisation mondiale des douanes (OMD), qui met l’accent sur l’analyse des données, le renseignement et le ciblage des cargaisons, voyageurs et moyens de transport présentant les risques les plus élevés.
« L’information, lorsqu’elle est analysée, vérifiée et partagée, devient un véritable levier d’action. C’est elle qui permet de mieux identifier les risques, de cibler les interventions et de rendre nos réponses plus efficaces. Dans l’océan Indien, où aucun État ne peut surveiller seul l’immensité de son espace maritime, le partage de l’information est devenu un enjeu de sécurité collective. » – Dr Ibrahim Norbert Richard, Secrétaire général de la COI
Vers un réseau régional de renseignement douanier
Les échanges d’Antananarivo ont permis d’identifier plusieurs priorités opérationnelles pour renforcer cette coopération :
- mettre en place un réseau régional de renseignement douanier ;
- développer un système régional d’alerte permettant de diffuser rapidement les informations pertinentes ;
- renforcer les capacités de contrôle des conteneurs et de fouille des navires ;
- développer des procédures permanentes d’échange d’informations entre les administrations douanières, les centres nationaux de fusion d’informations maritimes, le CRFIM et le CRCO ;
- renforcer les capacités d’analyse de risque et de ciblage grâce au croisement des données douanières et maritimes.
Ces orientations alimenteront les prochaines activités du programme Safe Seas Africa et contribueront à renforcer l’interopérabilité des acteurs de la sécurité maritime dans l’océan Indien occidental.
La démarche s’inscrit également dans une dynamique internationale plus large. L’OMD et l’ONUDC encouragent notamment la mise en réseau des unités de contrôle portuaire, le développement des compétences en matière de profilage des risques et l’échange sécurisé d’informations pour lutter contre la criminalité transnationale.
Faire de la coopération un réflexe opérationnel
Au-delà des outils et des procédures, l’enjeu est désormais de faire du partage de l’information une pratique durable entre les différents acteurs de la sécurité maritime et du contrôle des flux.
« Notre ambition est que la coopération entre les douanes et l’Architecture régionale de sécurité maritime ne soit plus seulement le résultat d’un projet, mais qu’elle devienne un réflexe institutionnel et opérationnel. Face à des réseaux criminels qui coopèrent sans frontières, nos administrations doivent elles aussi partager leurs informations, coordonner leurs analyses et agir ensemble durablement. » – Dr Ibrahim Norbert Richard, Secrétaire général de la COI
Pour la COI, le renforcement des liens entre douanes, renseignement maritime et coordination opérationnelle constitue ainsi un élément essentiel de l’Architecture régionale de sécurité maritime grâce à une coopération régionale fondée sur l’information, l’anticipation et l’action collective














