Comment transformer les connaissances en décisions face à des menaces maritimes toujours plus complexes ?

C’est à cette question qu’ont répondu, le 16 juin dernier à Mombasa, au Kenya, la Commission de l’océan Indien (COI), l’Université d’Oxford et la marine kényane lors du lancement officiel de la Note de synthèse stratégique sur l’Architecture régionale de sécurité maritime de l’océan Indien occidental (ARSM), organisé en parallèle de la 11e Conférence internationale Our Ocean.

Le Lancement, suivi d’une table ronde de haut niveau consacrée aux perspectives de la gouvernance maritime dans l’océan Indien occidental, a réuni plus de quatre-vingts participants issus des administrations nationales, des organisations régionales et internationales, des marines et garde-côtes, du monde académique, du secteur privé, de la société civile et des médias. Au cœur des échanges : la recherche comme levier d’action publique et opérationnelle face à l’évolution rapide des menaces maritimes.

Une synthèse stratégique née du dialogue entre chercheurs et praticiens

La Note de synthèse stratégique sur l’ARSM est le fruit d’un partenariat d’échange de connaissances entre la COI et la School of Global and Area Studies (OSGA) de l’Université d’Oxford depuis 2018.

Cette publication est le résultat d’un dialogue continu entre chercheurs et praticiens qui contribuent, au quotidien, au fonctionnement de l’Architecture régionale de sûreté maritime.  Ainsi, la note de synthèse replace l’ARSM dans son contexte géopolitique régional, dresse le bilan de ses acquis et de son cadre de gouvernance, tout en identifiant les priorités nécessaires à sa structuration, son développement stratégique et sa montée en puissance.

Cette démarche collaborative a donné le ton de toute la rencontre. En effet, les organisateurs ont privilégié un véritable dialogue entre recherche, décisionnaires publiques et acteurs opérationnels.

L’océan Indien occidental face à des défis croissants

Ouvrant la cérémonie, le commandant de la flotte de la marine kényane, le brigadier Mohamed Shemote, a rappelé le rôle stratégique de l’océan Indien occidental, véritable carrefour du commerce mondial, des flux énergétiques et de l’économie bleue.

Il a souligné que la région est confrontée à des menaces de plus en plus interdépendantes : piraterie, trafics illicites, pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), pollution marine et impacts du changement climatique. « Ces menaces dépassent les frontières nationales et exigent des réponses régionales coordonnées. » Il a salué la contribution de l’ARSM au renforcement du partage d’informations et de la coordination opérationnelle entre les États de la région.

S’exprimant au nom du partenariat à l’origine de l’événement, la professeure Kate Sullivan de Estrada, de l’Université d’Oxford, a quant à elle insisté sur la nécessité d’ancrer la recherche dans les réalités opérationnelles afin qu’elle puisse contribuer directement à l’élaboration des politiques publiques.

Une architecture régionale présentée par ceux qui la font vivre

Les deux responsables des centres régionaux ont ensuite présenté le fonctionnement concret de l’ARSM. Le capitaine de vaisseau Alex Ralaiarivony, directeur du Centre régional de fusion d’informations maritimes (CRFIM) à Madagascar, et le major Gerald Wong Pool, directeur du Centre régional de coordination des opérations (CRCO) aux Seychelles, ont expliqué comment, avec l’appui des centres nationaux de partage d’information, ces deux structures tendent à devenir le socle de la connaissance du domaine maritime dans l’océan Indien occidental, en transformant l’information partagée en actions coordonnées en mer.

Ces deux Centres régionaux sont au cœur de l’ARSM, établie par la COI en 2018 avec le soutien de l’Union européenne à travers les programme MASE et Safe Seas Africa.

De la donnée à la décision

La table ronde des experts a porté sur une question essentielle à savoir : comment faire en sorte que la recherche éclaire réellement la décision politique et les opérations sur le terrain?

Les échanges ont mis en lumière plusieurs défis identifiés dans la Note de synthèse stratégique notamment la persistance d’une «cécité maritime» dans les priorités politiques, des capacités de recherche encore inégales dans et sur la région, ainsi que le fossé existant entre la connaissance du domaine maritime et son prolongement judiciaire, depuis l’identification des navires d’intérêt jusqu’aux inspections et aux poursuites.

Développer des réseaux d’experts

Ainsi, le plaidoyer des organisateurs et intervenants était axé sur la mise en place de réseaux régionaux durables associant chercheurs, décideurs et praticiens, plutôt que des collaborations ponctuelles. Ils ont également insisté sur la nécessité d’élargir la communauté des acteurs investis dans la gouvernance de la sécurité maritime.

La Note de synthèse stratégique sur l’ARSM, à la fois outil d’analyse et document d’orientation stratégique, offre désormais une base de réflexion et d’action pour accompagner le développement de l’Architecture régionale. Le défi consiste désormais à transformer les priorités qu’elle identifie en actions concrètes, en partenariats durables et en décisions capables de renforcer la réactivité, la résilience et l’appropriation régionale de la gouvernance maritime dans l’océan Indien occidental.